Faux souvenirs et manipulation mentale

La manipulation mentale – L’emprise mentale
Chez les thérapeutes sectaires

Nous avons vu plus haut que les faux souvenirs reposaient sur la manipulation mentale d’un thérapeute qui, au moyen de diverses techniques de manipulation mentale, va induire dans l’esprit de son ou sa patiente des faux souvenirs d’abus sexuels ou de maltraitance.

Lorsque nous rencontrons des journalistes à qui nous parlons de la manipulation mentale et des faux souvenirs, ils nous posent la même question : comment des personnes si brillantes peuvent-elles se faire manipuler, abuser et escroquer au passage ? 

Nous leur répondons que les charlatans sont en général des personnes très intelligentes et très manipulatrices qui savent très bien abuser de leurs victimes sans que celles-ci s’en rendent compte, elles sont souvent en recherche d’affectivité et au fil du temps, ne savent pas qu’elles n’ont plus leur libre arbitre.

La manipulation mentale est le fait d’obtenir de quelqu’un qu’il fasse quelque chose qu’il ne veut pas faire, sans qu’il s’aperçoive qu’on la lui fait faire.

Elle permet, par des moyens détournés, d’infléchir les comportements d’autrui comme de peser sur ses idées et ses convictions.

La manipulation mentale est un redoutable outil  de contrôle visant à influencer, puis convaincre la victime, le but de cette manipulation étant d’aliéner la liberté d’autrui, en utilisant des techniques très subtiles mentionnées plus haut. 

La manipulation mentale n’est efficace que si elle est totalement dissimulée, la victime sera persuadée que toutes ses pensées et décisions viennent librement d’elle.

Le gourou est très intelligent et a le don d’écoute ce que n’ont plus les médecins par manque de temps. Il est charismatique sur des personnes en recherche d’affectivité.

Au fil du temps le thérapeute sectaire devient un véritable tyran, tous les moyens sont bons pour faire triompher ses désirs les plus fous, ses colères, ses menaces,  ses humiliations envers ses victimes.

Rien ne l’arrête, il se croit invincible et le dit à ses adeptes, (qui le répètent aux parents accusés), pour accentuer leur angoisse.

Certains gourous profitent même de cet état pour demander encore plus d’argent à leurs adeptes sous prétexte « d’aider les plus démunis »  alors que l’argent soutiré à ses victimes l’enrichit encore plus. Nous connaissons certaines victimes qui ont été totalement spoliées par leur thérapeute.

Les adeptes du thérapeute sectaire sont liés les uns aux autres par des réactions affectives et par peur de ses colères. Ils sont conditionnés à son discours.

Le groupe vit une régression collective et perd tout esprit critique pour être solidaire du gourou.

Pire, certains adeptes totalement sous emprise et endoctrinés par leur thérapeute sectaire n’hésiteront pas lors de procès à prendre parti de leur gourou dans le but de tromper la Justice.

Nous constatons de plus en plus que ces nouveaux « psys » ont besoin de la caution de la science c’est la raison pour laquelle ces thérapeutes de tous bords « chassent » vers les professionnels de santé : médecins, homéopathes, personnels hospitaliers… espérant ainsi recevoir une caution morale à leurs pratiques déviantes.

Les extraits suivants contribuent à mettre en évidence la difficulté de cerner la notion d’emprise.

Une pseudo-liberté

L’ouvrage Petit traité de manipulation mentale à l’usage des honnêtes gens, de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, explique ce phénomène, p.262 :

(…) Dans de très nombreuses situations étudiées par les psychologues sociaux, ce sentiment de liberté n’est que la conséquence d’une simple déclaration de l’expérimentateur qui insiste sur le fait que les sujets sont libres de faire ou de ne pas faire ce qu’il attend d’eux. Ce qui ne les empêche pas de faire exactement ce qu’ils auraient fait sous la contrainte. Autrement dit, si on s’intéresse aux milliers de sujets qui ont traversé les expériences de psychologie sociale, on constate que ceux qui étaient déclarés soi-disant libres se sont toujours comportés comme ceux qui soi-disant ne l’étaient pas. Et pourtant, une telle « manipulation » qui peut vous paraître purement langagière a bien les effets, quelquefois dramatiques, que l’on sait. (…)


Mais avouez qu’il est déroutant de constater que l’individu, bien sous tout rapport, celui qui adhère à la plupart des normes de jugement tout en croyant d’ailleurs s’en départir, celui qui se sent libre, celui qui veut être consistant, celui qui trouve en lui-même les raisons de ce qu’il fait et de ce qui lui arrive …. De constater donc que cet individu-là est incontestablement le plus manipulable. Que ce soit, aussi, cet individu-là qui ait le plus de chance de réussir dans la vie professionnelle et sociale dans nos sociétés démocratiques a de quoi faire réfléchir.

De l’emprise à la manipulation mentale
par Martine Maurer – Psychologue

Elle a publié en octobre 2001, aux éditions Hommes et Perspectives, « Comment choisir son thérapeute ?
– Attention risque de pratiques déviantes

L’emprise est le premier versant qui conduit à la manipulation mentale. Elle se reconnaît à un certain nombre de procédés dont le plus habile est la gentillesse qui se transforme rapidement en séduction. Le faux thérapeute se comporte très vite de façon familière. Il propose à son patient le tutoiement réciproque et que chacun appelle l’autre par son prénom. Accolades et embrassades ne tardent guère. La « bise fraternelle » remplace la poignée de main.

L’emprise s’instaure avec chaleur, sourires à profusion, enveloppement, proximité physique et psychologique. Le faux thérapeute se raconte, dévoile son intimité, vraie ou supposée. Il partage des étapes de sa vie avec son patient, auquel il confie sa propre problématique. Il établit des comparaisons entre les deux situations ; explique qu’il a vécu la même chose, s’apitoie sur le désarroi de son client, et s’applique à mettre en évidence le caractère inadéquat de son entourage.

L’emprise commence par cette technique de rapprochement particulièrement séduisante quand on est une personne en grande détresse, en manque d’affection, en état de deuil, en difficulté majeure avec ses parents ou son propre environnement En fait, le faux thérapeute recourt à ces procédés qui accentuent la régression liée à toute psychothérapie. Il se sert de sa position asymétrique pour créer une relation de type affectif. Progressivement, il s’implante comme un substitut possible des anciennes figures parentales et prend une importance sans cesse croissante dans la vie concrète du patient. Sa chaleur active est très démonstrative. Ses marques de sympathie, ses courriers et ses coups de téléphone s’emploient à investir et marquer durablement la vie du patient.

Cette emprise préfigure la mise en place d’un pouvoir d’influence et la possibilité de modeler la pensée. On entre alors dans le registre insidieux de la manipulation mentale, laquelle repose sur l’introduction, voire l’incrustation dans la pensée d’idées nouvelles et fortes, d’alternance de mise en valeur et de disqualification de l’individu comme de son entourage, de ce que constitue chacun d’eux dans ses idées, ses paroles, ses sentiments et ses actes. La manipulation mentale est un processus insidieux mais qui, en général, s’appuie sur une relation affective intensifiée par le faux thérapeute.

Comment cerner l’emprise ?

Dans son rapport 2006 [2], p. 28-29, la Miviludes explique clairement le phénomène de l’emprise mentale.

Dans la loi About-Picard, ce sont non seulement les personnes commettant l’infraction qui sont visées, mais aussi le groupe. Ce qui rend l’application de cette loi complexe, c’est notamment l’enchevêtrement de deux types de preuves et divers types d’expertises différents. On note, cependant, que c’est la vie dans le groupe qui s’avère préjudiciable pour les personnes, que ce sont les injonctions du groupe qui peuvent pousser à la commission de l’infraction, qui n’aurait peut-être pas eu lieu dans un autre contexte. C’est à cette problématique complexe que se trouve confronté l’expert, en cas de vulnérabilité pressentie.


Les experts auprès des tribunaux consultés par la MIVILUDES soulignent la complexité des mécanismes d’emprise. L’histoire de la construction profonde de la personne est importante. Cette expertise de la responsabilité de l’auteur est la plus facile à réaliser, mais la problématique consiste à démontrer la sujétion de la victime. L’emprise ne constitue pas une infraction, sauf si elle conduit
cette personne à un acte ou une abstention qui lui sont préjudiciables.

Le gourou deviendrait obligatoirement responsable, et l’adepte serait à la fois auteur et victime.


L’emprise tient-elle au terrain psychologique profond de l’individu ?

Quelle est la différence entre l’emprise et une composante délirante ?

Les personnes mises en cause ont-elles épousé les convictions du groupe ?

Y a-t-il eu aliénation des liens, c’est-à-dire délégation des liens à une tierce personne (individu ou groupe) ?

Quels étaient les facteurs prédisposant à l’emprise ?


Comme on le voit, l’analyse de l’emprise ne peut s’envisager que sous couvert d’une bonne connaissance de la personne concernée, car toute son histoire doit être prise en compte. Quelles sont ses prédispositions ? La manipulation serait-elle la conséquence inéluctable d’un terrain favorable et d’un manipulateur habile ? Il faut souligner, déjà à ce stade, combien ce type de raisonnement peut s’avérer pernicieux pour la personne sous emprise, dont la qualité de victime serait sous-tendue par une forme d’aptitude psychique à cet état. (…)