#Fakemed : « La méfiance envers la médecine traditionnelle est parfois justifiée » (Serge Blisko, président de la Miviludes)

#Fakemed : « La méfiance envers la médecine traditionnelle est parfois justifiée » (Serge Blisko, président de la Miviludes)

Hypnose, magnétismes ou huiles essentielles, les médecines alternatives divisent autant qu’elles passionnent. Dans Le Figaro, plusieurs médecins ont publié une tribune les qualifiant de « Fakemed », demandant l’arrêt de leur remboursement, voire leur interdiction. A la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, on a regardé le sujet de près. Rencontre avec Serge Blisko, son président, à l’occasion de notre dossier « L’ère du Fake », actuellement en kiosque (NEON #65).


Concernant la pétition de Fakemed, que pensez-vous des réticences à autoriser et rembourser certains soins de médecines complémentaires, comme l’homéopathie ?
Serge Blisko, président de la Miviludes :
J’aurais souhaité que le débat soit plus nuancé : il y a une attente forte de la part des patients, et l’offre existe depuis très longtemps. Cette homéopathie qui soigne, qui peut guérir, c’est vieux comme le monde. Avant, on avait des médecins homéopathes et des vétérinaires homéopathes qui exerçaient la médecine, et il y a eu des belles réussites constatées. Mais aujourd’hui, le problème, c’est qu’au milieu de ces professionnels bien formés, on trouve un tas de charlatans.

Quelles sont les pratiques les plus douteuses, qui tendent le plus à des dérives sectaires ?
Le plus souvent, ce sont des professionnels qui font partie des « thérapeutes énergéticiens », qui sont peu ou pas formés. Certains ont un diplôme issu d’une école non reconnue, ou d’une formation internet, par ailleurs très conteuses. Disons que ces gens là font beaucoup rire les médecins, et j’imagine que ceux qui vont les voir ne sont pas vraiment malades. Mais si c’est le cas, alors ça devient problématique. Certaines maladies graves se manifestent dans un premier temps par des symptômes peu inquiétant, comme le cancer du poumon par exemple qui s’exprime dans une première phase par une toux banale. Les gens peuvent perdent du temps à se traiter uniquement par des médecines alternatives. Et perdre du temps en médecine, c’est perdre une chance de survivre.

En ce moment, je dirais que la pratique la plus suspecte serait le reiki [pratique énergétique, le praticien intervenant via imposition des mains sur le « champ vibratoire » de la personne, ndlr], très à la mode, avec aussi la kinésiologie [l’utilisation de tests musculaires pour trouver des blocages psychologiques, parfois accompagné de modifications du mode de vie et de l’alimentation, ndlr]. On a eu des problèmes de régimes très carencés qui peuvent être dangereux, particulièrement pour les enfants. Un enfant est mort à Quimper cette année à cause de cette pratique.

Chaque année, on compte 1 500 signalements de dérives sectaires, la moitié concerne des problèmes de santé déviants. Par exemple, des gens mal pris en charge. Attention, ce n’est pas toujours une question de vie ou de mort, mais ça peut couter cher du point de vue financier, il y a des familles impactées, des personnes en danger, et surtout… on compte parmi certains thérapeutes et faux kinésithérapeutes des dizaines de prédateurs sexuels.

Comment les détectez-vous ?
Nous sommes aidés par les agences régionales de santé, on vérifie si le diplôme est bon et on examine les casiers judiciaires. On regarde aussi du côté des médecins par forcément très classiques (minoritaires, mésothérapie, acupuncture, psychothérapeute). Notre condition en général : il faut être diplômé et on se fie à l’avis des patients. Ce sont finalement eux qui ont le dernier mot.

Comprenez vous la méfiance des patients envers la médecine traditionnelle ?
La méfiance est justifiée. Au delà de cette médecine avec beaucoup de médicaments, il y a une médecine psychologiquement un peu légère : selon moi, il faut prendre le temps de parler aux gens, et il faudrait plus de psychologie à l’école [lors de la formation des soignants, ndlr] sur la prise en charge des patients.

Je retourne aussi la responsabilité aux patients, il faut garder son esprit critique. S’il y a un traitement lourd, il faut savoir quelles sont toutes les techniques pratiquées, laquelle est la plus adaptée, etc. Il faut pouvoir s’intéresser, contester, et critiquer.

Lola Bodin Adriaco et Coline Vazquez