Sectes : il manipulait les rêves de ses adeptes

mardi 10 avril 2012

Extrait de lefigaro.fr le 10.04.2012 : Sectes : il manipulait les rêves de ses adeptes

Christiane, la mère d’une des victimes présumées, lundi, à la veille du procès des « faux souvenirs induits ». Jugé à partir de mardi à Paris, un gourou est soupçonné d’avoir créé chez ses victimes de faux souvenirs refoulés.
Remontant dans ses souvenirs, Bernard Touchebeuf est allé très loin. Il s’est vu dans le ventre de sa mère, quand il n’était qu’un fœtus de trois mois. Un moment de quiétude qui a viré au cauchemar quand il a aperçu une aiguille à tricoter qui cherchait à le tuer. « Elle était bleue », raconte-t-il.
Ce brillant consultant en management de 58 ans a bel et bien cru à cet incroyable voyage dans le temps. De 1984 à 2007, il est tombé, selon lui, entre les mains d’un soi-disant thérapeute qui lui aurait imposé de « faux souvenirs induits ».
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« Alors qu’il y a eu pléthore de procès de ce genre aux États-Unis, c’est la première fois en France que les juges vont se pencher sur ces procédés », souligne Claude Delpech, présidente de l’association Alerte faux souvenirs induits.
Par le biais de cette technique, précise cette dernière, les charlatans parviendraient à convaincre leurs victimes de l’existence de souvenirs refoulés, car douloureux, qui expliqueraient leur mal-être. Le plus souvent, des affaires de viol ou de maltraitance dont les auteurs sont les parents. Les êtres aimés deviennent brusquement des bourreaux.
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« On a fabriqué une mémoire à ma fille »
Christiane (le prénom a été changé) fait partie des centaines de parents en France qui ont vu leurs enfants se retourner contre eux, pris au piège des faux souvenirs induits. Pour elle, ce fut une lente dérive, jusqu’à la rupture. Aujourd’hui brillante avocate d’affaires qui avait rencontré des problèmes relationnels avec son ami, sa fille unique s’était adressée à un psychothérapeute en 2006. « J’ignore tout de ce spécialiste mais je sais qu’elle était allée consulter », indique Christiane, totalement démunie, et qui avoue n’avoir « rien vu venir ». Tout d’abord elle a dû rendre des comptes à son enfant. « J’ai dû lui raconter par écrit mon accouchement et donc sa naissance. »
Puis, ce furent les accusations. Sans dire qu’elle a été victime, la jeune femme dénonce un grand-père et un oncle violeurs. Christiane se souvient des mots terrifiants de sa fille au téléphone : « Tu me fais peur. Je ne veux plus te voir. » Depuis, c’est la rupture : « Elle est à Londres, où elle gagne très bien sa vie, et quelqu’un abuse d’elle. On lui a fabriqué une nouvelle mémoire. »
Pour Claude Delpech, responsable de l’association Alerte faux souvenirs induits, il est impératif, pour éviter tout abus, de demander conseil à son médecin avant d’entamer une thérapie. « Quant aux parents dont les enfants sont manipulés, ils doivent alerter le procureur. La justice a été sensibilisée à ce genre de dérives », dit-elle en précisant que plus de 600 familles ont à ce jour frappé à la porte de son association.

Par Angélique Négroni