Un thérapeute accusé d’implanter de faux souvenirs à ses patients

mardi 10 avril 2012

Extrait de lexpress.fr du 10.04.2012 : Un thérapeute accusé d’implanter de faux souvenirs à ses patients

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Elle n’a pas été violée et pourtant elle y a cru dur comme fer pendant douze ans. Douze ans pendant lesquels Sophie Poirot, avocate, a versé quelque 238 000 euros à son thérapeute, Benoît Yang Ting, pour l’aider à surmonter ce traumatisme. Selon lui, la jeune femme - qui était venu le consulter sur les conseils de son père en 1993 pour un simple "passage à vide" - a été abusée par ce dernier lorsqu’elle était très jeune et avait refoulé ce souvenir. Ce qui explique son sentiment de mal-être.
Pour se remettre, le soignant - qui se présente comme un "humanothérapeute" - la fait participer à des stages intensifs facturés 40 000 euros la semaine ou à des séances de thérapie à 320 euros de l’heure. "Le principe de la thérapie, c’était des sessions de trois à cinq semaines, six à huit heures par jour, sept jours sur sept, que vous passiez allongé nu sur un divan, soit-disant à revivre des souffrances passées", raconte-t-elle lors de l’audience. La jeune femme rompt les liens avec sa famille, ses amis et applique à la lettre les pratiques de son mentor. Jusqu’à "accepter" d’avoir des relations sexuelles avec lui. Pendant 12 ans - jusqu’en 2001 - les préceptes de son gourou vont rythmer sa vie et son compte en banque. C’est la rencontre avec celui qui va devenir son mari qui l’a aidée à réaliser qu’elle avait été dupée... et n’avait jamais subi le moindre viol de la part de son père.
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Si on ne connaît pas exactement le nombre de thérapeutes utilisant cette technique, la Miviludes recense entre 5000 et 10 000 thérapeutes non qualifiés utilisant des pratiques non-conventionnelles à l’instar des faux souvenirs induits. "C’est un phénomène en pleine expansion en France, assure Claude Delpech. 600 familles de victimes nous ont contacté et tous les jours nous recevons de nouveaux signalements".
Le procès devrait se terminer mercredi soir. Une vingtaine d’autres témoins - la plupart des anciennes victimes dont les faits sont aujourd’hui prescrits - sont attendues à la barre. Si Benoît Yang Ting est condamné pour "abus frauduleux de l’état de faiblesse" et que cette pratique est qualifiée par la justice comme une forme de dérive sectaire, le procès fera jurisprudence. Car c’est la première fois qu’une telle pratique est jugée en France.
"Nous attendons évidemment que la Cour de justice condamne cette pratique et dédommage non seulement les victimes à hauteur du préjudice mais également leurs proches, qui ont été accusés à tort de faits atroces", explique Claude Delpech. Les fausses accusations conduisent souvent à des situations familiales dramatiques. Rupture familiale, prisons voire suicide chez certains parents ne supportant pas l’accusation.
Mais Claude Delpech reste optimiste. "Quelle que soit l’issue du procès, nous avons déjà gagné une chose : la médiatisation autour de ce procès a permis de faire connaître cette pratique. Peut-être que certaines personnes manipulées ou leurs familles pourront se reconnaître dans les témoignages parus dans la presse et s’en sortir."
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