Accusés par leurs enfants

jeudi 29 mai 2008

Source : L’Est Républicain, 29/05/08

Une Nancéienne se bat contre les faux souvenirs induits, une soi -disant méthode thérapeutique dénoncée dans le rapport 2007 de la mission contre les dérives sectaires. Le témoignage d’Anne figure en annexe du dernier rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, dévoilé il y a quelques semaines. Le document officiel reproduit, aussi, la déclaration d’amour bouleversante que lui a adressé un jour à l’une de ses petites-filles. Ce témoignage et cette lettre, d’autres victimes des « foux souvenirs induits » y puisent aujourd’hui de l’espoir, celui de se réconcilier, un jour, avec leurs proches, enfants ou petits-enfants. Importés des États-Unis, les « faux souvenirs induits » se développent en France depuis quelques années, de façon alarmante. Des psychothérapeutes déviants convainquent leurs patients, souvent des femmes de 30, 40 ans, qu’ils ou elles ont été victimes durant les premiers mois et années de leur vie, d’incestes ou d’abus sexuels. Ces adultes, souvent en mal-être, fragiles, se persuadent alors que leurs problèmes sont dûs à ces faits dont ils auraient occulté le « souvenir ». Dans la foulée, ils coupent les ponts avec leurs proches, portent souvent plainte contre leurs parents. La vie de familles entières s’en trouve bouleversée.
Il y a dix ans, c’est l’ex-mari d’Anne qui a été soupçonné d’inceste par leur fils, un scientifique cultivé, alors âgé de 33 ans. Puis ce dernier a persuadé sa sœur qu’elle avait également été victime de ses parents, et l’a convaincue de consulter la même « cristallo-thérapeute » que lui. Tour à tour, les deux enfants d’Anne ont rompu avec tous ceux qui ne les croyaient pas, autant dire l’ensemble de leur famille. La Nancéienne n’a plus de contact avec eux, mais a le bonheur de voir encore ses petites-filles.

Vies bouleversées
« Ces faux souvenirs créent de vrais désordres psychologiques, dont les personnes touchées n’arrivent plus à sortir. L’une des choses qui est très difficile à vivre, c’est quand votre fils vous accuse de choses abominables et que vous voyez dans ses yeux qu’il est sincère . Il me répétait qu’il fallait qu’on avoue. Parce que tant qu’on n’avait pas avoué, il ne pouvait pas se réparer », raconte cette grand-mère pleine de dignité, qui a puisé la force de se battre auprès d’autres familles dévastées par le même mal.
Il y a trois ans, avec l’aide d’une psychologue engagée contre les sectes, Anne a participé à la fondation d’une association de familles, Alerte Faux Souvenirs Induits (AFSI). Elle confie que côtoyer d’autres personnes confrontées à la même épreuve l’a aidée à prendre conscience de la réalité de sa propre expérience. « Au début, tout en le vivant ; vous vous dites que ce n’est pas possible. J’ai cru parfois devenir folle, ».
Aucune plainte pour abus sexuels ou inceste n’a jamais été officiellement déposée contre Anne et son ex-mari. Quand leur gendre à son tour a été accusé d’attouchements sur ses propres filles par son épouse, en revanche, la justice a été saisie. La procédure judiciaire a duré deux années, durant lesquelles les enfants ont été placées en foyer, jusqu’à ce que leur père soit blanchi. Anne dit se battre aujourd’hui contre les faux souvenirs induits au nom de tous les enfants dont les vies sont bouleversées, de tous les hommes injustement accusés.
En septembre 2006, la Nancéienne a accompagné Claude Delpech, la présidente nationale de l’AFSI, à ’Assemblée nationale, où elle a été auditionnée dans le cadre des travaux de la mission contre les sectes. Depuis, elle est entrée en contact avec d’autres familles touchées en Lorraine. C’est pour ça qu’elle a choisi de témoigner, « pour que les gens sachent que ça peut arriver partout, même à côté de chez soi.
Benoît GAUDIBERT