Les retours des enfants accusateurs

samedi 30 août 2014

 Les retours existent, mais sont peu nombreux

Il arrive que les enfants accusateurs reviennent sur leurs affirmations. Mais, malheureusement, ils sont encore trop peu nombreux. Quand ces victimes parviennent à se sortir des griffes de leur thérapeute, elles sont, tout comme les victimes sortant de sectes, en grande détresse psychique. Notre but est de les écouter et de les orienter vers un véritable professionnel de la santé qui leur démontrera que la thérapie qu’ils ont suivie pendant des années était, en fait, une thérapie basée sur la destruction de leur psychisme ainsi qu’une escroquerie financière. Lorsqu’ils ont retrouvé une certaine forme d’équilibre psychique nous les aidons à se retourner contre le thérapeute qui les a entièrement démolis et souvent ruinés. Tout comme cela s’est passé aux États-Unis à la fin des années 1990.
Dans le rapport 3507 - L’enfance volée – Les mineurs victimes des sectes [1], les remarques de Guy Rouquet, président de l’association "Psychothérapie Vigilance" concernant l’écart significatif entre le nombre de dossiers communiqués aux associations (lesquelles sont probablement loin d’être systématiquement saisies) et le nombre de dossiers débouchant sur une plainte ont été soulignés :

« La notion de victime demande à être élargie, comme du reste les délais de prescription. Il faut y travailler, faciliter les démarches des plaignants, qui, paralysés par l’enjeu, soumis à mille pressions, inquiets par les frais occasionnés, renoncent à poursuivre. Permettez-moi une évaluation : une personne sur cent expose par écrit la tragédie dans laquelle elle est plongée : sur cent dossiers portés à la connaissance des associations ou organismes de lutte et de vigilance, un seul fera l’objet d’une plainte en bonne et due forme ; sur cent plaintes déposées, une seule sera véritablement suivie d’effet, avec un accès aléatoire au tribunal…. »


Il arrive cependant que des victimes parlent et se retournent contre leur thérapeute. Depuis 2007, plusieurs victimes ont déposé plainte contre leur thérapeute, avec l’aide de leurs parents qui se sont constitués partie civile. Les affaires sont actuellement à l’instruction, nous vous tiendrons informés de la suite donnée à ces plaintes.

Malgré tout, depuis le début de l’année 2010, nous avons reçu de bonnes nouvelles de quelques familles de notre association, qui ont eu la joie de revoir leurs enfants après, pour certaines, plusieurs années de silence.
Les retours s’effectuent de la façon suivante :
Les enfants reviennent et ils ne faut pas reparler « du problème ». Les parents ne savent pas quelle attitude adopter. Ils nous disent le plaisir de revoir leurs enfants mais « …nous marchons sur des œufs … »
Pour une minorité, les enfants (jeunes) reviennent chez leurs parents, ils reparlent ensemble des griefs mais ils ne se rendent absolument pas compte de l’importance des dégâts qu’ont amené les accusations sur leur famille.
Nous avons également rencontré des victimes qui ne sont pas encore prêtes à témoigner.
Pour d’autres, les parents nous disent que l’émission Les infiltrés a été bénéfique pour leurs enfants, ceux-ci ont compris qu’ils avaient été trompés par leur thérapeute. Ils sont fragiles, les parents essaient de les ramener vers la vie normale.

 Des victimes indirectes

Quelques témoignages de parents, victimes indirectes, après le retour de leurs enfants, et le témoignage d’une victime directe.

Témoignage d’une maman heureuse

Chère Madame,
L’année 2010 a été pour moi, riche en émotions, événements familiaux, particulièrement en rencontres et … retrouvailles !!!
Les plus importantes pour moi ont été les retrouvailles avec mes enfants et petits-enfants :
".... Après 6 ans de silence, mon fils est revenu vers moi en Février 2010
- .... Quant à ma fille, après 7 années de silence, entrecoupées çà et là de violentes crises de rejet, elle m’a ouvert sa porte au mois d’Avril de l’an dernier. … et nous avons passé les fêtes de Noël 2010 tous ensemble au nouveau domicile de mon fils. Le bonheur ou presque !!
Mes deux enfants sont en instance de divorce, autre chagrin, autre souci.
Pour le problème de ma fille je ne suis pas encore arrivée à savoir si les accusations proférées à l’encontre de son père et de moi-même … sont toujours à l’ordre du jour. J’évite pour l’instant d’en parler ne souhaitant pas la brusquer mais il me semble que ses certitudes s’effritent peu à peu : c’est comme si elle émergeait d’un long sommeil et que le souvenir de ses rêves ou de ses cauchemars se dissipait peu à peu.
J’ai la conviction profonde que ma fille a fait une grosse dépression. Dans un cri de souffrance, elle m’a appris qu’elle avait consulté des « psychiatres » … « Trois … et des plus grands .. tous ont dit la même chose : que mes symptômes révélaient typiquement un traumatisme vécu dans la petite enfance, un inceste » !!!
Il faudra un jour éclaircir tout cela et en reparler, mais pour l’instant « je marche sur des œufs », je ne veux pas brusquer les choses et je prie pour que ma fille retrouve peu à peu un équilibre physique, mental et affectif.
Voilà où nous en sommes.
L’ AFSI m’a beaucoup aidée et j’essaierai de mon côté de la soutenir du mieux que je pourrai. Il faut faire la chasse aux thérapeutes criminels et les éradiquer.
Merci encore de votre soutien. Avec toute ma sympathie.

Bonjour Claude,
Je suis toujours intéressée par vos informations et je vous félicite pour votre dynamisme. Que serais-je devenue sans vous et l’ AFSI ?
Aujourd’hui, je vois très souvent ma fille et ma petite-fille. Ma fille, enseignante et nouvellement divorcée, a beaucoup de travail. Elle fait donc appel à moi très souvent. Malgré tout ; comme nous le disons tous, il y a un « avant » et un « après ». Mon mari et moi restons traumatisés par ce qui nous est arrivé. Mon mari n’ose plus avoir quelque élan de tendresse envers sa seule petite-fille et moi, bien que peut-être plus proche d’elles, je suis toujours obsédée par la peur de me voir accusée d’horreurs, je m’attends toujours à voir débarquer la police, de telle sorte que je contrôle en permanence tous mes faits et gestes, ce qui me stresse énormément.
J’espère, comme vous, que ces charlatans seront un jour mis hors la loi, même ceux qui sont diplômés et déviants, puisque c’est notre cas, car cela n’empêche pas la cupidité comme nous en avons fait l’expérience.
Mes amitiés.

Chère Claude,
Voici ce que je peux vous raconter quant au retour de notre fils. Évidemment il ne s’agit que de ma perception des événements. Je ne peux vous raconter que ce qu’il nous a dit, jusqu’à présent, de sa malheureuse expérience.
Après 5 ans et demi d’éloignement, notre fils a commencé par reprendre contact avec chacun de ses frères et leur famille. A mon avis, il tâtait le terrain car il ne devait sûrement pas être très à l’aise de reprendre contact avec nous. Ce que je comprends fort bien.
Ensuite, il a eu le courage de nous rencontrer un dimanche d’Octobre 2009, toute la journée.
Ce fut pour moi une très bonne journée et je pense que pour lui aussi. Il nous a dit qu’il avait été manipulé par une thérapeute qui pratiquait l’analyse transactionnelle et la PNL - programmation neuro-linguistique - mais qu’au bout d’un an et demi il s’était rendu compte de cette manipulation mais n’osait pas réintégrer la famille.
Il nous a dit que ce qu’il nous a reproché n’était pas vrai et il a été jusqu’à dire qu’il se demandait si sa « thérapeute » ne faisait pas porter à ses patients ce qu’elle-même aurait subi dans sa jeunesse !!
Le 1er Novembre 2009, nous nous sommes tous retrouvés à la maison pour une réunion familiale. Notre fils a pris la parole pour nous demander officiellement pardon. Ce fut une excellente journée, très émouvante et pleine d’affection familiale. A Noël dernier nous nous sommes à nouveau retrouvés tous en famille, notre fils a participé à l’échange des cadeaux. Puis le mois dernier, nous avons baptisé les deux derniers petits-enfants et notre fils a dit à l’un de ses frères que maintenant « il se sentait réintégré dans le cercle familial ».
Voilà ce que je voulait vous dire. Peut-être que beaucoup plus tard il pourra nous parler en profondeur de cette triste expérience. Nous ne posons pas de questions, nous attendons qu’il nous en parle spontanément.
Je vous souhaite une excellente A.G et vous embrasse bien amicalement.

Bonsoir Claude,
Notre fille se reconstruit peu à peu, avec volonté et courage. Elle a repris une formation et vit maintenant à la campagne, entourée d’amis très sympathiques. Elle est restée très fragile émotionnellement et nous confie, par morceaux, l’enfer qu’elle a connu avec son gourou. Elle manque d’assurance, car après l’avoir manipulée pour l’isoler de sa famille, il l’a totalement déstabilisée par une relation perverse. Comme je vous l’ai déjà dit, elle ne s’en est sortie que grâce à son instinct de survie, mais n’a jamais confiance en elle, surtout dans ses relations avec les hommes. Nous sommes totalement désarmés car malheureusement le monde actuel est dur pour les gens fragilisés.
Voici, Claude, pour l’essentiel, ce que nous pouvons vous confier.
Amitiés

Chère Madame,
En ce qui concerne notre fille, elle est toujours enseignante et nous essayons de continuer à avoir des relations avec elle et notre petit-fils, nous les avons d’ailleurs rencontrés la semaine dernière.
Il faudra beaucoup de temps pour retrouver une relation dite « normale ». Nous disons aux parents confrontés à ce grave problème, de garder espérance et moral, prendre courage et être très patients, bien que cela ne soit pas toujours facile.
Nous ne pourrons être présents à l’A.G. du 7 Juin prochain et nous vous souhaitons beaucoup de courage pour cette dure journée.
Sincères salutations.

Chère Madame Delpech,
Je suis vraiment désolée mais je ne pourrai assister à notre A.G. de lundi prochain, j’ai repris une formation et j’entame ma première semaine, justement le 7 juin. C’est vraiment dommage car à cette assemblée nous apprenons toujours beaucoup de choses. En ce qui concerne mes filles, elles semblent aller bien.
Depuis que la plus jeune a quitté son pervers, son comportement vis-à-vis de nous est redevenu beaucoup plus « normal », nous pouvons la joindre au téléphone et elle parle à nouveau de sa vie, elle est même venue nous voir à la Pentecôte. Elle a repris une année d’études, tout en continuant à travailler, ce qui ne lui laisse pas beaucoup de temps libre pour préparer son master.
Je suis toujours surprise de constater à quel point des personnes extérieures, qui ne connaissent pas notre vie de famille, puissent avoir une telle influence sur nos enfants, sans que nous y soyons pour quelque chose.
Notre aînée mène toujours sa vie de bohême, elle fait toujours du théâtre, de la danse, du mime. Elles reste très discrète sur sa vie privée, ses relations. En fait, nous savons très peu de choses d’elle. Elle n’a pas son pareil pour ne rien divulguer ou ne pas répondre aux questions, si par hasard, on lui en pose une ! Comme a dit une jeune femme, l’an dernier, quand quelqu’un lui a dit que le principal était qu’elle soit revenue « oui, mas cela ne sera jamais plus pareil … » , et là, je pense qu’elle a tout à fait raison, car même si les choses se sont calmées , personne ne peut nier ce qui s’est passé et je pense que la confiance ne peut pas redevenir ce qu’elle était avant les accusations, avant tout ce gâchis. ..
Bon courage pour l’assemblée.
Avec toutes mes amitiés.

 Une victime directe

Madame Delpech, vous m’avez demandé : « de quoi avez-vous parlé ? »
C’est certainement cette question qui m’a motivée à écrire mon histoire et en plus, j’éviterai une nouvelle psychothérapie !!
C’est pour moi une belle occasion de vous dire à quel point les méthodes utilisées par ce psy correspondent à ce que vous dénoncez.
Il est très difficile de faire valoir sa bonne foi. Il y a toujours un moment où la vérité nous rattrape à la regarder en face (j’espère !) J’ai tellement envie de crier « n’y allez pas, c’est très dangereux », mais ce n’est pas sérieux. Cette histoire est courte et rapide volontairement, car il n’a fallu que 8 heures pour détruire une personne confiante. C’est incroyable mais c’est possible.
J’ai 45 ans et ma vie a failli basculer un samedi 12 avril 2008.
Tout est du bonus maintenant.
Vous allez vous dire … « il faut vraiment être très naïve … ». Si je devais trouver une raison, je dirai la confiance bien sûr et un peu d’orgueil …

Consulter un psy, j’hésitais depuis un moment, mais cette fois-ci, une émission radio me réveille brutalement. « O.K. ce sera lui, il passe à la radio, il est forcément sérieux… (et non, pas forcément !). Je n’ai jamais fait de thérapie, mais j’avais depuis mon enfance des interrogations pour lesquelles je n’avais jamais réussi à avoir les réponses. J’avais lu que l’analyste ne peut prévoir les surprises que réserve le déroulement d’une analyse. Jamais je n’avais imaginé ce qui m’attendait et j’allais être bien servie…

Jeudi 21 Février 2008 – 11 heures 15 –
Je suis en retard pour la première séance, j’ai du mal à trouver la plaque du psy en question. Je demande à une dame qui se trouve dans la cour, elle m’indique la porte, son regard est étrange, elle m’observe, j’ai l’impression qu’elle veut me dire « n’y allez pas, c’est très dangereux ». Je sonne, la porte s’ouvre. Un homme très calme apparaît, la tête complètement penchée sur le côté gauche, me sourit, nous sommes au ralenti … Je comprends plus tard qu’il a vu la scène de sa fenêtre, il croit que la dame m’a parlé. Je me déchausse, c’est rituel. Il porte des sabots de bois.
Face à face je ne sais comment commencer, j’éprouve une gêne de débutante. J’ai l’impression de ne pas être une femme comme les autres. Je me lance, son regard est très rassurant. Il hoche la tête, hausse les épaules, réajuste ses propos en fonction des miens et parfois, me coupe la parole, me parle de sa vie, de son enfance. N’importe qui aurait trouvé cela anormal, moi aussi, mais je pense à l’émission, je me dis qu’il doit savoir ce qu’il fait.
Rapidement il me propose un week-end de stage. Je refuse, je lui dis que je n’aime pas les groupes, je préfère une thérapie individuelle. Voyant que je ne changerai pas d’avis et pensant que la dame de la cour m’a certainement avertie, il prononce cette phrase incroyable « il y en a qui disent que c’est une secte, mais ce sont des jaloux … ». Il avait planté le décor ..
Encore une fois je ne saisis pas l’opportunité de me méfier, je ne cille même pas. Secte finalement, c’est lui qui le dit le premier. Secte bien sûr « cela fiche la trouille ». Je dois être un peu endormie. Je ne réagis pas.
Il me propose une nouvelle séance dès le lendemain, j’ai besoin de faire le point sur cette première séance, j’accepte de revenir le lendemain. Je dormirai à Paris une nuit de plus.

Vendredi 22 Février 2008 – 9 heures 15 –
C’est incroyable, j’hésite à rentrer, je tourne dans la cour, regarde le mimosa qui n’arrivera pas à fleurir. Je garde mon portable dans ma poche et j’y vais. Nous avons certainement en nous quelque chose qui nous dit « attention », j’en suis sûre aujourd’hui, mais je n’ai pas écouté. Le compte à rebours vient de commencer.
Il ne porte plus le pull bleu de la veille, mais un polo rayé bleu et blanc (je n’aime pas les grandes rayures, je me sens comme agressée). En revanche, son regard est rassurant, il est séduisant, je me sens proche de cet homme que je ne connaissais pas quelques heures auparavant.
Il a tiré le rideau de la fenêtre, la lumière ne passe plus. Aucune déco, aucun objet, rien. On ne voit que lui et une petite table posée à côté de son fauteuil, un matelas recouvert d’un tissu rouge, et un vieux fauteuil de bureau gris, comme on en voyait dans les années 60.
Nous voilà en train de faire quelques exercices physiques (cela fait partie de la thérapie...). Ses gestes sont lents, on n’y arrivera jamais, l’heure tourne vite. De temps en temps il s’arrête, dit des énormités, essaie de me choquer. Je suis de plus en plus étonnée et de moins en moins vigilante. Il se déplace lentement, me propose de me reposer. Il m’invite à m’asseoir sur le vieux fauteuil. Il est tellement remonté que mes pieds ne touchent même pas le sol. Cela détend, me dit-il ..
Il se lève, pose ses sabots, me fait remarquer que nous avons les mêmes pieds et doucement place ses bras en arrière et fait le pont. La situation est grotesque. Si je devais le caricaturer, je dessinerai un paon.
Avec un mal fou, j’obtiens le troisième RDV. Il est très pris, il doit réfléchir. Il me propose un RDV pour Mars prochain.

Mars 2008
En mars, j’ai deux rendez-vous de deux heures avec une pause déjeuner d’une heure entre les séances, j’ai rassemblé mes idées chronologiquement.
Je parle, je me cogne à mon passé. Il m’interrompt, fronce les sourcils. « vous entendez ce que vous dites ? » Je suis surprise, je n’ai rien dit de grave. Il est culpabilisant, il brouille, il détruit mes repères (mes grands-parents, le soleil de mon enfance..). Il me conseille de me rapprocher des personnes absentes de ma vie, pour leur dire mon ressentiment. Je lui dis que je n’ai ni sentiment ni ressentiment à leur égard. La confusion est totale. Pour calmer le jeu, après avoir posé son masque agressif, un sourire glisse sur son visage … . « je vais vous confier quelque chose de mon intimité » .. Oh là la, nous voilà bien. Il me lit une phrase en latin, je n’y comprends rien, il traduit « Je ne laisserai jamais personne m’agresser .. » c’est à peu près cela, et hop on passe à autre chose et on n’y pense plus.
C’est l’heure, je pars et j’oublie de le payer. Il me le rappelle, je reviens, je m’assois, je suis désolée, ce n’est pas dans mes habitudes, mais j’ai la tête à l’envers. Je lui demande quelques minutes pour reprendre mes idées, j’ai besoin de me recentrer. Je sors de chez lui complètement déstabilisée par ses remarques.
J’ai marché comme une automate pour attraper mon train de retour, je ne voyais personne, que des contours, je n’entendais plus rien. J’étais dans un état second ; l’impression d’être dans la ouate. Je suis dans un labyrinthe et je n’ai pas le fil d’Ariane pour en sortir.
Une semaine avant le prochain RDV je l’appelle pour lui dire que je ne dors plus, je suis agitée, j’ai perdu l’appétit, je commence à faire des cauchemars. Lui aussi en avait fait beaucoup pendant son analyse, il m’avait avertie, je n’avais pas compris. Je lui demande : « que dois-je prendre ? - « Rien » – Il m’annonce froidement : « Cela va durer un mois, vous avez de la chance vous ne travaillez pas … !! »
La séance suivante se passe comme la précédente, je parle, il me reprend, m’annonce « sa vérité » je me rebelle, ce n’est pas cela, il ne veut rien entendre, devient agressif , je n’y comprends plus rien, il souffle le chaud et le froid, puis d’un sourire il redevient apaisant. Je le quitte complètement épuisée et perdue.

Mercredi 9 Avril 2008 - 10 heures 15 –
Attirée irrésistiblement comme par un aimant, je suis impatiente d’arriver. Aimant, n’a rien à voir avec le verbe aimer, c’est juste le début de l’emprise et de la dépendance, mais je ne le sais pas encore. Je suis assise sur le matelas, je me sens épuisée, je n’ai rien mangé, ni la veille au soir, ni le matin au petit-déjeuner. J’ai la tête qui tourne, j’ai envie de dormir. C’est à ce moment précis de la thérapie destructrice, dans un contexte paranormal, profitant de mon engourdissement, qu’il essaie d’induire quelque chose d’aberrant. Il commence, mais je parle beaucoup, je lui coupe la parole, jamais je ne saurais ce qu’il voulait développer, et c’est bien mieux comme cela.
Quelques jours avant les premières séances, j’avais entendu Madame Delpech parler des faux souvenirs induits dans une émission à la radio. Il l’avait entendue également et voulait savoir ce que j’en avais compris. Je n’avais pas compris qu’il pratiquait une thérapie déviante, je pensais être en de bonnes mains, bien guidée …
Mon malaise s’amplifiant, je prends quelques gouttes d’eau de Carmes sur un sucre, je l’entends dire « exaltation, exaltation ». Je ne suis plus capable de comprendre que quelque chose ne va vraiment plus. Avec le recul je pense qu’il attendait que je dise ou fasse une bêtise. Tout est flou, nous nous serrons la main et la porte se referme. Je reprends le train dans un état second. Je suis contente de rentrer chez moi.
J’ai passé une très mauvaise nuit, je voyais le danger là où il n’était pas, c’est-à-dire, mon mari. Deux jours après, le psy appelle mon mari, lui dit que mes propos l’ont inquiété, parle de bouffées délirantes et lui demande de me faire admettre dans un dispensaire (sic), lui dit que je dois prendre des médicaments, que je donne son numéro de téléphone … Je dis que je veux rester chez moi et prendrai des médicaments.
Le lendemain matin, samedi 12 Avril - 7 heures 30, dans un état second, je décide d’aller aux urgences. Quelle idée ! tout le monde dort. J’attends un long moment. On m’appelle. J’explique que je suis là parce qu’il va se passer quelque chose de grave dans ma vie et je veux le signaler. Je donne le numéro de téléphone du psy et, lui qui, d’ordinaire est si occupé, répond très vite. Il parle de délire, de mission … je n’ai jamais prononcé ce mot. Je sens que les choses tournent mal pour moi, j’ai l’impression d’être dans un mauvais rêve. Je m’échappe, je cours, j’ai peur qu’on me rattrape, je suis désemparée, je traverse une voie rapide, je regarde sans cesse derrière moi, j’ai l’impression d’être suivie, et me retrouve sur le parking d’une grande surface, complètement vidée. J’appelle mon mari. Il est déjà en route, il vient me chercher. « Ne t’inquiète pas, je m’occupe de tout, je suis là, je suis là ». Je réalise enfin que je psy m’a trahie, je ne comprends pas tout mais cela viendra vite. Je suis dans les bras de mon mari. « Tu sais, je crois que j’ai mis les pieds dans une secte ! ».
Nous retournons prévenir les urgences, mon mari a promis de me ramener si cela n’allait pas et ensuite nous devons aller voir mon médecin traitant prévenu par l’hôpital. Mais avant, nous nous arrêtons chez une amie religieuse, j’essaie de lui expliquer, je mélange tout, psy, urgences, problèmes physiques, elle m’écoute, m’embrasse, elle est formidable, enfin je pleure, puis elle me dit de sa voix chantante « tu t’es fait avoir !! ». La dernière étape sera la plus facile, grâce à la clairvoyance de ma généraliste Michèle, elle me connaît depuis des années, elle est très étonnée et va, enfin, mettre un terme à cette histoire. Elle prononce rapidement le mot « secte » je suis soulagée, elle me croit, j’ai envie de l’embrasser. Je n’ai pris aucun médicament, pendant deux jours j’ai beaucoup dormi. J’ai rattrapé les longues nuits sans sommeil. Tout s’est arrêté d’un coup. Comme Ulysse, éloigné du chant des sirènes, tout redevient normal.
Trois jours après, une voiture est garée devant la maison, un homme me regarde et je comprends seulement à cet instant que j’ai été suivie, à Paris, dans le train, jusque mon domicile. Ce petit manège à continué pendant plusieurs semaines par la suite. Puis j’ai reçu des coups de fil anonymes sur mon portable. Tout cela dans le but de m’effrayer certainement. Avec le temps, j’ai repris confiance en moi, les cauchemars se sont éloignés et un jour j’ai pu mettre sur le papier tout ce que j’avais sur le cœur.

J’ai longuement médité sur les deux textes suivants :

- « Un homme, un être, a le pouvoir effrayant et incompréhensible d’endormir par la force de sa volonté un autre être et pendant qu’il dort, de lui voler sa pensée, comme on volerait une bourse »
Guy de Maupassant
- « Quand on ne sais pas qui on est, on est ravi qu’une dictature vous prenne en charge ».
Boris Cyrulnik


Heureusement, ma famille était avec moi, mon mari qui m’a prouvé une fois de plus, qu’il était quelqu’un de bien, de très bien, (mais cela je le sais depuis longtemps), et mes filles, que j’ai effrayées, et qui m’ont montré tout l’amour qu’elles avaient pour moi dans leurs petits cœurs. Je remercie également mon amie religieuse, mon médecin, d’avoir été avec moi dans ces moments difficiles. On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait en partant.
Malgré toute cette histoire difficile, j’ai pu m’alléger d’un poids. Je retrouve mon souffle et j’avance normalement. Ce qui a failli me détruire il y a très longtemps est peut-être ce qui fait ma force aujourd’hui. J’ai toujours aimé la vie, j’ai eu très peur et aujourd’hui je comprends un peu, cela apaise beaucoup.
Chère Madame Delpech, face au combat que des thérapeutes déviants vous imposent, votre force et votre courage m’impressionnent beaucoup, je vous souhaite bonne chance.
Je souhaite que mon témoignage soit lu par de nombreuses personnes, en thérapie, ou non, afin qu’elles réalisent qu’avant d’entamer une thérapie il est prudent de se renseigner auprès de son généraliste.

Les Faux Souvenirs, c’est une horreur. Même si nos enfants reviennent, nous savons qu’il y aura un « avant » et un « après » les accusations.

Les professionnels de la santé que nous avons rencontrés savent bien qu’après de telles accusations, nul ne sortira indemne de ces années de souffrance, pas plus les enfants victimes des thérapeutes déviants que leurs familles.


[1Accessible à l’adresse suivante : http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-enq/r3507.asp


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