Que dit la recherche sur les souvenirs retrouvés en thérapie sous hypnose, relaxation et autres pratiques ?

mercredi 3 décembre 2014

  Sommaire  

 En France

Psychiatres et psychologues avec qui nous travaillons nous disent, à propos de la loi sur l’allongement du délai de prescription pour des souvenirs retrouvés en thérapie, après plusieurs décennies
- cette loi ne protégera en rien les vraies victimes d’abus sexuels. En effet, comment une victime pourra-t-elle apporter les preuves de violences subies 40 ou 45 ans plus tôt ?
- cette Loi est la porte ouverte à tous les charlatans qui vont devenir « experts » en hypnothérapie pour faire revenir des souvenirs « présumés vrais » d’abus sexuels et détruire encore plus de familles et de patients.
- un ami psychiatre nous a même dit que cette loi était d’une absurdité totale et ne résoudra en rien le problème des abus sexuels sur mineurs.

 Aux États-Unis

Elisabeth Loftus
Dans son ouvrage, "Le syndrome des faux souvenirs" Elizabeth Loftus, spécialiste de la mémoire, écrit :

Le refoulement n’est pas la mémoire normale, elle essaie intentionnellement de ne pas penser à l’événement qui dérange c’est « l’oubli motivé » et cela n’a rien à voir avec le refoulement.
[...]
L’amnésie rétrograde est la réduction de la capacité à se rappeler les événements ou les expériences qui se produisent avant une blessure ou un choc au cerveau.
[...]
Il existe une autre forme d’amnésie appelée « amnésie traumatique » (ou psychogénique) et c’est cette catégorie qui est souvent confondue avec le « refoulement ».
[...]
L’amnésie post-traumatique doit être distinguée des « blackout » de la mémoire dus à la maladie, l’alcool, de blessures graves du cerveau, qui empêchent les souvenirs de se former dans le cerveau. Avec ces « blackout » il n’y a rien à retrouver car il n’y a rien d’enregistré.
[...]
Le refoulement doit être basé sur des preuves. Dans les cas d’amnésie il existe de la documentation, des preuves connaissables, sûres, qu’il y a eu blessures et que la perte de mémoire était imputable aux traumatismes.
[...]
Mais où sont les preuves des souvenirs refoulés ? comment peut-on prouver que quelqu’un puisse endurer des tortures sexuelles et rituelles et répétées et en refouler le souvenir jusqu’au moindre incident tout en pensant que sa vie de famille était heureuse et ordinaire ?
[...]
Comment prouver qu’il est possible d’avoir été violé depuis sa plus tendre enfance jusqu’à son adolescence et d’avoir refoulé tout souvenir de ces événements et des sentiments qu’ils provoquent.
[...]
Comment prouver qu’il est possible de refouler des épisodes d’abus qui se sont produits dans l’enfance, puis de s’en souvenir soudain avec des détails si intenses ?
[...]
l’enfant non abusé à qui l’on a fait croire qu’il ou elle avait été abusé sera marqué à vie par un traumatisme alors qu’il n’y a jamais eu d’abus…
Il en est de même pour les parents et la famille faussement accusés qui sont traumatisés et des milliers de familles innocentes sont détruites.

Mac Nally et John Hochmann
Ci-dessous, des articles très importants sur le fonctionnement de la mémoire, traduits par nos amis F et G en 2007 et mis sur notre site en 2010.
Une pensée émue pour notre amie F. qui n’est plus parmi nous aujourd’hui.

Article publié in CANADIAN JOURNAL PSYCHIATRY
Volume 50 n° 13 – Nov. 2003
DÉGONFLER LES MYTHES SUR LES TRAUMATISMES ET LA MÉMOIRE
Auteur : Richard Mc Nally, PhD

RÉSUMÉ
Comment les victimes de traumatismes se remémorent - ou oublient - leurs expériences les plus horribles, se trouve au coeur de la controverse la plus affligeante de la psychiatrie et de la psychologie des récentes années. Alors que les experts soutiennent que les événements traumatiques - ceux qui sont vécus dans une terreur écrasante au moment où ils se produisent - sont trop bien présents à la mémoire, les théoriciens de l’amnésie traumatiques sont d’avis contraire. Bien que ces derniers admettent que le trauma est souvent apparemment gravé dans la mémoire, ils soutiennent néanmoins qu’une minorité significative de survivants sont incapables de se souvenir de leur trauma, grâce aux mécanismes soit de la dissociation, soit de la répression. Malheureusement, les preuves qu’ils présentent à l’appui du concept de l’amnésie dissociative traumatique ne soutiennent pas leurs allégations. Le but de cette étude est de dissiper la confusion et de dégonfler les mythes sur les traumatismes et la mémoire.

Points importants :
- Les souvenirs sont rarement, voire jamais, oubliés
- Ces souvenirs sont souvent très forts mais pas immuable (la mémoire ne fonctionne pas comme un camescope)
- Ne pas penser à un traumatisme pendant une longue période n’est pas la même chose que de ne pas pouvoir s’en souvenir.

Mots clés :
Mémoire – souvenirs – trauma – dissociation – amnésie – refoulement – syndrome poste-traumatique – abus sexuel.
Pour les théoriciens de l’amnésie traumatique, les souvenirs dissociés (ou refoulés) empoisonnent la vie des victimes et doivent être exhumés et traités émotionnellement pour assurer la guérison.

L’hypnose étant peut-être le seul moyen de remonter à ces souvenirs.
Les théoriciens réfutent les études sur la mémoire comme étant non pertinentes en cas de mémoire traumatique. Ils citent d’autres études qui selon eux attesteraient que des victimes « oublient » leurs épreuves les plus horribles.
Hélas ils font une lecture erronée de ces études, nourrissant ainsi des mythes qu’il convient de dénoncer.

La mémoire ne fonctionne pas comme un camescope
Se souvenir c’est reconstruire (et non reproduire) ce qui fait appel à plusieurs zones du cerveau. Ainsi des flashbacks ou des rêves ne peuvent être des films du passé.

Le corps a t-il une mémoire qui lui est propre ?
On prétend que des sujets oublient totalement un trauma mais que le corps en garderait l’empreinte (keep the score). « le corps se souvient même si l’esprit ne peut pas ». Cela autoriserait des thérapeutes à interpréter certains signes (rêves, sensations intenses, conduites d’évitement etc…) comme des souvenirs implicites de souvenirs dissociés du trauma.
Cette théorie a entraîné la plus grave catastrophe qui ait frappé le champ de la santé mentale depuis l’ère de la lobotomie…
La mémoire implicite ne peut être considérée comme une mémoire narrative et elle ne montre pas trace de ses origines. Ainsi, des crises de panique spontanée ne peuvent être prises pour un souvenir dissocié d’abus sexuel.
Il n’existe aucune preuve convaincante de l’existence de souvenir implicite sans souvenirs explicites
… « quand le corps garde le souvenir, l’esprit le garde aussi … »
Émotivité n’est pas véracité

Le seul fait de croire qu’on a été victime d’un trauma peut déclencher des réactions psychophysiologiques intenses (par exemple chez des sujets prétendant avoir été enlevés par des extra terrestres…)

Confusion à propos de répétition, forte émotion et mémoire :
SPIEGEL prétend que les victimes ont plus tendance à dissocier des souvenirs de faits intenses et répétés plutôt qu’isolés. Ceci est contraire à toute la recherche sur la mémoire qui montre que la répétition et l’intensité d’un événement renforcent le souvenir de cet événement.

Confusion à propos de l’amnésie dissociative traumatique :
Les théoriciens de l’amnésie traumatique reconnaissent que la plupart des victimes se souviennent du traumatisme mais que chez une minorité, l’horreur du traumatisme provoquerait l’oubli. Mais les « preuves » qu’ils avancent sont erronées.
En effet, un encodage incomplet ne veut pas dire amnésie traumatique : ainsi une personne agressée peut très bien avoir gardé le souvenir du révolver et pas celui de l’agresseur.

L’oubli de tous les jours ne signifie pas amnésie traumatique :
Des patients souffrant de troubles psychiatriques ou de syndromes post-traumatiques se plaignent parfois de troubles de la mémoire y compris de pertes d’identité ; mais ces troubles sont passagers et « réversibles » sans rapport avec les amnésies dues aux traumatismes crâniens
Ainsi des anciens combattants peuvent avoir des troubles de mémoire parce que leurs souvenirs traumatiques les hantent et interférent avec leur quotidien.
Amnésie psychologique n’est pas amnésie traumatique
Ce syndrome rare s’efface spontanément et sans thérapie.

L’Amnésie organique n’est pas amnésie traumatique
Dollinger cite le cas de deux enfants d’un groupe de 38 qui auraient oublié que l’un de leurs camarades avait été tué par la foudre. Après enquête, il s’est avéré qu’eux aussi avaient subi la foudre et que leur amnésie était physique.

Le fait de ne pas révéler n’est pas amnésie traumatique :
Des enfants interrogés sur un abus avéré qu’ils avaient subi n’en firent pas état. Cela n’est pas preuve d’oubli : lors d’un second interrogatoire ils s’en souvinrent. D’autres facteurs peuvent jouer, comme le fait que le questionneur leur soit plus ou moins sympathique etc…

L’oubli de la petite enfance n’est pas amnésie traumatique :
La maturation du cerveau et les changements cognitifs font qu’on se souvient de très peu de choses précédent l’âge de 5 ans. Cela inclut les événements traumatiques.

Ne pas penser à quelques chose pendant très longtemps n’est pas amnésie traumatique :
Et ne signifie pas l’incapacité à se souvenir : on peut ne pas avoir eu de sollicitations à y penser, on peut avoir oublié qu’on y avait pensé ; le fait n’avait pas forcément été ressenti comme traumatique

Nul besoin d’une théorie du refoulement pour expliquer cela

CONCLUSION
Dans la guerre des souvenirs (« mémory wars ») il ne s’agit pas d’opposer science et anti-science mais l’interprétation correcte et incorrecte.
Les preuves sont là pour montrer que les événements traumatiques sont hautement mémorisables et rarement – voire jamais - oubliés.

Article publié in CANADIAN JOURNAL OF PSYCHIATRY
N° 50 PP 823-828 – Année 2005
LES SOUVENIRS TRAUMATIQUES NE SONT PAS FORCEMENT PRÉCIS
Auteurs : Cara Lancy (M.A) Elisabeth F. Loftus (Ph.D)


RÉSUMÉ
Certains thérapeutes ainsi que certains commentateurs ont suggéré que les souvenirs de traumatismes horribles étaient enfouis dans le subconscient et qu’ils sont recouvrés ultérieurement de façon fiable par certains processus spéciaux comme la répression. Nous croyons que les preuves fournies à l’appui de cette allégation sont sans fondement. D’où proviennent donc alors ces souvenirs déclarés ? Nous présentons plusieurs paradigmes de recherche qui ont démontré que diverses manipulations peuvent servir à implanter de faux souvenirs – y compris de faux souvenirs d’événements traumatiques. Ces faux souvenirs peuvent être très convaincants pour ceux qui les développent et peuvent comprendre des détails qui les rendent crédibles pour les autres. Les faits qu’un souvenir décrit un événement traumatique ne garantit pas que le souvenir est authentique

Points importants
Le fait d’affirmer qu’on a oublié un abus pendant un certain temps ne signifie pas qu’il y a eu refoulement. Beaucoup de victimes ne parlent pas de l’abus qu’elles ont subi quand on les interroge mais ceci n’est pas preuve de refoulement.
La mémoire est malléable non seulement des détails de souvenirs peuvent être déformés mais des souvenirs entièrement faux peuvent être implantés.
Le fait qu’un souvenir soit détaillé, exprimé avec assurance et accompagné d’émotion ne garantit pas de la véracité. Les faux souvenirs peuvent présenter ces mêmes caractéristiques

Mots-Clés :
Trauma (tismes) – faux souvenirs – refoulement – abus sexuel

Certains thérapeutes et chercheurs sur les abus sexuels sur enfants estiment que les sujets subissant des événements horribles de façon répétée refoulent cette expérience dans l’inconscient. Plus tard, ils pourront exhumer ces souvenirs refoulés (ou « dissociés ») et prendre conscience de l’agression passée.
Pour d’autres, plus précis encore, lors d’un trauma, le psychisme de la victime se sépare en deux, (voire en plusieurs) parties. L’une éprouve le trauma, l’autre continue à fonctionner sans conscience de l’abus. Plus tard, à un moment de la vie où le trauma se manifesterait d’une façon quelconque, un thérapeute pourrait aider la victime à retrouver des souvenirs de trauma et l’aider à reconstituer l’unité de son psychisme.
Ces thérapeutes sont enclins à tenir comme vrais ces souvenirs exhumés. Une étude menée par Poole en 1995 sur 456 thérapeutes Anglais et Américains, titulaires d’un doctorat, montre que 71 % d’entre eux utilisent une ou plusieurs techniques de récupération de souvenirs tout en étant 91 % à admettre qu’une patiente pouvait être amenée à se croire à tort victime d’un abus sexuel dans l’enfance. D’autres études suggèrent que ces techniques douteuses sont encore utilisées aujourd’hui par certains (en 2005)…
Bien qu’une soixantaine d’études appuient la théorie de la reconstitution des souvenirs, la méthodologie rétrospective qu’elles emploient est puissamment réfutée par des chercheurs comme : Kihlstrom, Piper et Mc Nelly.
Ainsi le fait de répondre oui à la question : « y a t-il une période de votre vie où vous avez pensé à l’abus sexuel subi ? » ne signifie pas qu’il y a eu refoulement total de ce souvenir.
La perle revient à Williams qui interrogea 120 femmes victimes d’abus sexuels avérés dans leur enfance : 38 % d’entre elles ne firent pas état de cet abus quand on les a interrogées, ce que Williams prend comme une preuve de refoulement, alors que d’autres facteurs peuvent expliquer ce silence : amnésie du jeune âge, désir de ne pas se voir conférer le statut de victime d’abus sexuel etc…
Terr prétend que des traumas répétés sont plus souvent refoulés, ce qui est contraire aux principes les plus élémentaires de la recherche sur la mémoire : plus un fait est répété plus on s’en souvient.

Des chercheurs en psychologie répondent
La recherche montre que plus un événement est traumatisant mieux on s’en souvient au point d’en être affecté dans sa vie courante (souvenirs omniprésents, flashbacks etc…)
Face à des patients disant avoir refoulé des événements passés et faisant état de souvenirs bizarres, deux questions se posent :
- Si ces souvenirs ne sont pas vrais, d’où proviennent-ils et comment se créent t-ils ?
Trois directions de recherche ont établi que :
- tous les souvenirs sont déformés au fil du temps surtout en présence de questions suggestives
- des sujets à qui ont donnait des listes de mots à mémoriser produisaient des mots extérieurs à celles-ci, parfois bizarres ou à connotation sexuelle
- des sujets pouvaient être amenés à adopter des souvenirs d’événements fictifs.

Distorsion et contamination de souvenirs existants :
En 1986, le lendemain de l’explosion de la navette Challenger, on demande à des étudiants d’écrire ce qu’ils étaient en train de faire lorsqu’ils ont appris la nouvelle.
Presque trois ans plus tard on leur repose la même question : leurs réponses sont criblées d’erreurs et pas seulement de détail. Cela démontre que les souvenirs se dégradent même quand on se dit sûr de soi.
D’autres études utilisent des questions orientées pour provoquer la distorsion (ex. « lors d’un précédent témoignage, vous avez parlé d’un animal blessé – ce qui est faux – pouvez-vous nous en dire plus ? » et 12,5 % des sujets fournissent des détails…)

CONCLUSION
Le fait qu’un souvenir se rapporte à un événement traumatique ne le rend pas fiable pour autant.
En outre, des gens peuvent faire état de souvenirs relatifs à des événements fictifs.

Faux souvenirs : paradigme de Deese, Roediger et Mc Dermott (DRM)  :
Dans une liste autour du concept de sommeil (ex. lit, repos, fatigue etc…) un sujet aura tendance à se « souvenir » du mot « sommeil » même s’il n’est pas présent.
Faux souvenirs d’événements entiers
Avec l’aide de parents, Loftus et Pickewell ont donné à des enfants un cahier relatant 4 événements qu’on leur dit avoir vécus ;
L’un des quatre est faux, mais pas traumatisant pour des raisons éthiques (par ex . s’être perdu dans un centre commercial …). Puis, lors de deux entretiens ultérieurs on demande aux enfants de fournir des détails des quatre événements : un quart d’entre eux fournissent des détails réalistes de l’événement fictif. Dans d’autres études similaires on arrive à plus de 50 %
La figure d’autorité des parents constituait une forte suggestion. Quant aux thérapeutes, bien qu’ils s’en défendent, ils utilisent des techniques pouvant être source de faux souvenirs (images suggérées, hypnose, interprétation des rêves …).

Remarque finale
Le fait qu’un souvenir soit rapporté de façon détaillée, que son auteur se montre convaincu de ce qu’il dit et que sa relation s’accompagne d’émotion, ne certifie pas qu’il correspond à un événement réel.

Thérapie de la mémoire retrouvée et syndrome des faux souvenirs
Par John Hochmann
Traduit par notre ami Gilles en 2008 et mis sur notre site en 2010


COMMENT LA MÉMOIRE FONCTIONNE RÉELLEMENT
Dans la théorie freudienne du refoulement, l’esprit bannit automatiquement de la mémoire les événements traumatisants, pour se protéger d’une anxiété accablante. Freud ensuite découvrit que les souvenirs refoulés créent des « névroses » que l’on peut guérir en rendant ces souvenirs conscients. Tout cela a été enseigné en psychologie, et est considéré comme un truisme par les romanciers et par les scénaristes, mais cela n’a jamais été prouvé scientifiquement d’une manière rigoureuse.
Freud, s’il était en vie aujourd’hui, serait traumatisé de voir comment la RMT a redéfini son concept favori. Alors que Freud parlait du refoulement d’événements traumatiques isolés, les thérapeutes d’aujourd’hui maintiennent que des douzaines d’événements traumatiques similaires se produisant sur des années sont refoulés avec une efficacité de 100 %, quelques minutes après leur occurrence.
Le Syndrome bien connu des troubles dus à un stress post traumatique - Post Traumatic Stress disorder – PSD, nous montre que des événements traumatiques vérifiables plutôt que de disparaître de la mémoire, laissent les victimes de ce traumatisme hantées par des souvenirs importuns durant lesquels elles revivent leur traumatisme.
Pour ceux qui étaient dans des camps de concentration nazis, ou qui ont subi la torture comme prisonniers de guerre au Vietnam, cela peut devenir un problème handicapant leur vie durant. Les gens oublient la plupart des choses qui leur arrivent, y compris des événements qui étaient significatifs pour eux lorsqu’ils se sont produits. Si un événement est perdu pour la mémoire, il n’y a pas de moyen objectif de savoir s’il a été « refoulé » ou simplement oublié. Et il n’y a pas de raison que les souvenirs d’abus sexuels soient traités différemment des souvenirs de mauvais traitements physiques ou de chirurgie d’urgence durant l’enfance. Des événements qui sont sortis de la mémoire ne peuvent pas être rappelés avec l’exactitude d’une cassette vidéo. Les gens n’oublient pas seulement, dans leur totalité, des événements (traumatiques ou non), mais avec des détails significatifs altérés.
Une étude portant sur une école dont les élèves avaient été attaqués par un sniper montrait que certains d’entre eux, qui n’étaient pas sur place lors de l’attaque, prétendaient en avoir des souvenirs personnels. Ces faux souvenirs étaient manifestement inspirés par le fait d’avoir entendu les histoires de ceux qui avaient réellement subi le traumatisme. Des souvenirs peuvent être délibérément déformés chez des adultes en leur présentant un ensemble d’informations visuelles et en les exposant ensuite à une désinformation verbale sur ce qu’ils ont vu. Cette désinformation s’incorpore souvent à la mémoire, contaminant au bout du compte ce dont on se souvient.
Certains patients ont effectivement été abusés sexuellement durant leur enfance et se sont toujours rappelé ces abus. Ils n’ont pas besoin d’une aide spéciale en « mémoire retrouvée » pour dire à leur thérapeute ce qui leur est arrivé.

POURQUOI LA THÉRAPIE DE LA MÉMOIRE RETROUVÉE EST-ELLE UNE MAUVAISE THÉRAPIE

La RMT est prétendument utilisée pour aider les patients à guérir des effets d’abus sexuels durant leur enfance, cependant, au début de la RMT, il n’y a aucune évidence que de tels abus se soient produits. Ainsi, au lieu de rassembler des faits pour établir un diagnostic et déterminer ensuite le traitement approprié, le thérapeute RMT utilise le « traitement » pour produire son diagnostic. Certains thérapeutes RMT interprètent abusivement des maladies psychologiques communes comme des signes de sévices sexuels subis durant l’enfance. Dans leur zèle à retrouver des souvenirs, ils négligent toute explication alternative des maladies de leur patient. Les thérapeutes RMT ignorent ce principe psychologique de base que tout patient est influençable et que les patients en détresse qui viennent chercher une psychothérapie sont particulièrement enclins à adopter les croyances et les partis pris de leur thérapeute.

De nombreux thérapeutes RMT n’ont jamais étudié les sciences de base concernant la mémoire, ni le diagnostic des troubles réels de la mémoire. Leurs connaissances sont souvent basées sur un simple séminaire d’un week-end, et non pas sur l’enseignement formel universitaire qu’il faut suivre pour obtenir une licence. L’hypnose et l’administration d’amytal de soude (sérum de vérité ?) sont des procédés inacceptables pour retrouver des souvenirs. Les tribunaux rejettent l’hypnose comme adjuvant de la mémoire. Les sujets soumis à l’hypnose ou à l’amytal comme aides à la mémoire (même dans les cas où il n’est pas question d’abus sexuels) créeront généralement de faux souvenirs. En revenant à leur état normal de conscience, ils pensent que tous leurs souvenirs « rafraîchis » sont également vrais.
Les thérapeutes RMT ne se donnent généralement pas la peine de vérifier les « souvenirs retrouvés » en interrogeant des tiers, ou en consultant les dossiers psychiatriques ou scolaires. Certains d’entre eux expliquent que s’ils ne vérifient pas les allégations sérieuses qui surgissent de la RMT, c’est parce que leur travail consiste seulement en ce que leurs patients se sentent en « sécurité » et guérissent.
De nombreux patients, qui ont su toute leur vie qu’ils avaient été maltraités ou négligés par leurs parents, décident lorsqu’ils sont adultes de traiter avec amitié leurs parents responsables. Au contraire les thérapeutes RMT encouragent leurs patients, sur la base de ces « souvenirs retrouvés », à couper tout contact avec les prétendus « perpétrateurs » ainsi que le reste de la famille qui n’entre pas dans leurs vues.
Ceci est totalement contraire aux objectifs traditionnels des thérapeutes : aider leurs patients responsables à prendre leurs décisions importantes et améliorer leur relation avec les autres. Les patients qui suivent une RMT subissent souvent une aggravation de leurs symptômes au fur et à mesure que leur traitement progresse, avec des perturbations correspondantes dans leur vie personnelle. Peu de thérapeutes demanderont une consultation pour clarifier le problème, pensant au contraire qu’il est dû à des sévices sexuels pires que ceux que l’on pouvait imaginer.

Dans une déclaration récente, l’Association Psychiatrique Américaine (APA) a confirmé une prise de positon antérieure, que l’hypnose n’est pas fiable pour un recouvrement valide des souvenirs.


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