"Fragile, on est une proie idéale"

jeudi 3 avril 2008

Extrait de metronews.fr du 03.04.2008 : "Fragile, on est une proie idéale"

Claude Delpech, présidente et fondatrice de l’AFSI, Association Faux Souvenirs Induits, créée en juillet 2005 pour venir en aide aux familles et aux patients abusés :

Comment entre-t-on en contact avec ces psychothérapeutes aux pratiques déviantes ?
Par le bouche-à-oreille, par Internet, lors de stages professionnels de « développement personnel », payés par l’entreprise ou par l’Etat, dans le cadre du 1% reversés pour la formation professionnelle. Ou alors, plus simplement, on a mal au genou, on va chez le kiné et on tombe sur quelqu’un qui ne veut pas soigner notre mal physique mais notre âme.

Quelles sont les techniques de manipulation employées ?
L’hypnose, la sophrologie, la psychogénéalogie, l’analyse des rêves, les images, les massages énergétiques… Le psychothérapeute suggère par ses questions un scénario que s’approprie son patient. Ce sont les faux souvenirs induits, mais les victimes sont persuadées de les avoir réellement vécus.

Se fait-on piéger quand on est équilibré ?
Non. Il faut être dans un état de fragilité : quand on a un souci, qu’on se pose des questions sur sa vie amoureuse, qu’on est influençable, on est une proie idéale. Le travail de séduction et de destruction en est facilité. A l’association, 73% des victimes sont des femmes trentenaires et diplômées, qui occupent des fonctions de cadre.

Quel intérêt un psychothérapeute trouve-t-il à inciter son patient à réinventer sa vie ?
En plus d’un intérêt pécuniaire évident -car les séances coûtent cher-, il jouit de sentir son emprise sur une autre personne, de la libérer de sa supposée souffrance, de la soumettre. Pour que son influence soit totale, il faut que sa victime rompe avec sa famille. Bien sûr, le psychothérapeute dit que c’est pour son bien, que ça va guérir ses traumatismes, liés à son enfance.

Comment cela se passe-t-il quand d’anciennes victimes reprennent contact avec leur famille ?
Il y a plusieurs cas. Avant tout, si certains enfants reviennent, ils sont peu nombreux. A l’AFSI, on ne compte qu’une dizaine de cas de retours en arrière sur les quelque 200 familles que compte l’association. Ces repentis sont cassés. Leur manipulation a parfois duré presque dix ans et le retour est difficile. Les souffrances causées ont été énormes. Par exemple, un père contre qui sa fille avait porté plainte et qui avait été blanchi, n’a pas voulu reprendre contact avec elle. D’autres victimes, qui n’ont jamais porté plainte contre leurs parents, ne veulent plus aborder le sujet.

Alexandra Bogaert