En Europe

samedi 30 août 2014

En Angleterre

Tout comme les États-Unis, l’Angleterre a connu dès la fin des années quatre-vingt, et après la publication en Grande-Bretagne en 1990 du livre : The Courage to Heal, qui encourage les gens à croire que leurs problèmes psychologiques sont liés à des abus sexuels survenus durant leur enfance, une surabondance d’accusations de victimes d’abus sexuels. Ces accusations génèrent les mêmes effets :
- destruction des familles,
- emprise totale du thérapeute sur sa victime,
- destruction psychique, intellectuelle et financière des victimes.

Devant cette recrudescence d’accusations et de plaintes de familles de victimes
The BFMS : BRITISH FALSE MEMORY SOCIETY
Bradford on Avon Wiltshire
BA 15 1NF
Royaume-Uni

s’est constituée en association dès 1993 avec des parents de victimes et dans le même temps a mis en place un Comité scientifique et un Conseil de professionnels.
Dès 1997, le Royal Collège of Psychiatry engage les psychiatres anglais à « éviter de recourir à toute technique de réactivation des souvenirs basée sur l’hypothèse de violences sexuelles anciennes dont le patient a perdu le souvenir ». D’autres déclarations invitent les thérapeutes à suivre leurs patients au lieu de les précéder, à n’exercer aucune pression sur eux.
Cette association a créé son site internet www.bfms pour informer les parents en détresse sur les abus des thérapies générant les faux souvenirs. Elle œuvre également avec un groupe de travail du Royal College of Psychiatrists qui a édité le rapport dit « Brandon ».

Quelle est aujourd’hui la situation en Angleterre ?
L’association BFMS avec qui nous correspondons régulièrement, nous informe qu’après avoir enregistré plus de 2000 plaintes de familles la situation s’est stabilisée. Il n’y a eu qu’un seul procès intenté, et gagné, contre un psychiatre par une de ses patientes.
Voici deux correspondances échangées entre la BFMS et l’A F S I

Paris, le 4 Septembre 2008
BFMS
British False Memory Society
Dear Mrs Greenhalgh,
We are a French Association named A.F.S.I. (Alerte Faux Souvenirs Induits), which means something like Beware of Induced False Memories. This association was founded in July 2005 by a group of parents unjustly accused of incest and sexual abuse by an adult child. These would-be ill-treatments are said to have happened in the early childhood of the accusers, who had kept no memory of them for 20 or 30 years until they “recovered” them during or after more or less dubious therapies aiming at digging for such “repressed memories” – typical cases of the false memory syndrome.
Like the BFM Society which you created in 1993. A.F.S.I. is the first association created in France in order to denounce therapies whose purpose is to induce false memories. In the late nineties and early 2000s some french families, in their efforts to undestand the false Memory phenomenon, had contacts with the US FMS Foundation and possibly with the BFM Society.
On visiting your website, I found your Newsletter dated September 2007 and the book « Fractured Families” which shows how families suffer from being unjustly accused.
I asked Monsieur Henri-Pierre DEBORD, General Secretary of the « Miviludes” to send you a copy of its 2007 Report dated April 3rd (English version).
MI.VI.LU.D.E.S. : Mission Interministérielle de Vigilance et de LUtte contre les Derives Sectaires (Interministry Mission of Vigilance and Struggle against the Wrongdoings of Sectarian Groups). Every year this mission establishes a report for the Prime Minister in order to evaluate the problems that sectarian groups may pose, in France and Europe.
This year, the Miviludes with which we have now been cooperating for more than two years, has particularly focused on deviant therapies and false memories. Its report also contains a study by Delphine GUERARD, a clinician psychologist who is well aware of the question since she’s been working on the FMS for almost 10 years ans is currently counseling our organization.
The fact that the above report mentions our organization gives us increased legitimacy and brings recognition of the fact that our children are the victims of quacks who, not only steal their money, but have a destructive influence on them and their families. And, to us parents, wrongly accused of every possible evil, it is a step towards recognizing our innocence.
Along with our cooperation with MIVILUDES, we also had contacts with the services of several ministries (Interior, Justice, Health). We met members of the French Parliament and of the French Medical Association.
All this led highest authorities to the realization that deviant therapies have become a major problem.
Although a law was passed in 2004, aiming at supervising the credentials and practice of psychotherapists, it has remained uninforced, and some legislative work has still to be done in order to make a difference between real and false professionals in the field of mental health.
As the Miviludes report was widely publicized by newspapers, radio and T V networks, we have been approached by more than 100 new families affected by the phenomenon. A few victims have lodged complaints against their pseudo-therapists and their families are following suit.
On your site I also found reports on complaints against therapists. It could be helpful for us if you could answer the following questions :
- How many complaints have been lodged against therapists ?
- Have these cases been publicised by the media ?
- What were the exact charges (professional malpractice ? implanting false memories ? sectarian abuse ? or other ?
- Have all the court’s decisions been in favour of the victimes ?
- Have the victims been granted financial compensation ? (and to what extent)
- Do you think that these lawsuits have entailed a decrease in the number of false accusations against parents – and a change in the practice of real or deviant therapists.

We have a law in France that punishes whoever tries to « fraudulently maintain a person under a state of physical or psychological subjection » This is usually referred to as “abuse of weakness”. We hope that the lawyers defending our families will make the best of it.
As stated above, for the first time in France, law-suits related to the F.M.S. are under way. Some of them concern members of our organization and we do hope that the committing magistrates in charge of the cases will bring them to favorable end.
We do not have any Scientific Committee to back us, and very few French judges or lawyers are even aware of the F.M.S.
So, any advice that could be helpful for our families or their children is welcome !
Following the law-suits that took place in England, do you know if any new legislation has been passed in order to control the activity of therapists and to evaluate their methods
Thank you very much for your attention.
Yours truly
Mrs Claude Delpech
Président

Réponse de Mrs Greeling

30 Septembre 2008
Chère Madame Delpech,
Merci pour votre lettre relatant la formation de l’A F S I et s’enquérant des travaux de la BFMS. Il est triste de constater que le problème des faux souvenirs à travers le monde a conduit en 2005 à la création en France d’une nouvelle association sur le sujet, alors que l’association britannique existe depuis 1993 et l’américaine 1992. Au départ, nous pensions n’avoir de raison d’être que pendant 4 ou 5 ans et, qu’une fois les autorités compétentes sensibilisées, le problème serait résolu et que nous pourrions fermer boutique. Nous étions bien naifs.
La situation au R.U. n’a pas atteint celle des USA. Il y a plusieurs années les Américains ont cessé de répertorier les nouveaux cas aux alentours de 20.000. Dans le même temps nous en avions à peine + de 2.000. Plusieurs explications à cela :
Notre pays est plus petit
Nous sommes d’une culture où le recours à la psychothérapie est moins répandu, bien qu’il soit en augmentation, et que le gouvernement se soit fixé comme objectif d’accroître le nombre de thérapeutes face à l’augmentation des maladies dépressives.
Peut-être sommes-nous un peuple plus réservé et peu enclin à aborder le sujet tabou des abus sexuels sur enfants. Bien peu de gens ici sont couverts par une assurance santé privée capable de payer des thérapies approfondies et de longue durée.
Depuis le développement de l’Internet, les gens accèdent aisément à l’information sans avoir besoin de contacter des groupes de soutien.
Aux USA les médias ont largement diffusé les affaires dans lesquelles des accusateurs s’étaient rétractées et portaient plainte contre leur psy ou des hôpitaux, ce qui entraîna des indemnisations importantes. Au R.U nous n’avons eu qu’un cas mineur d’indemnisation : celui de Katrina Fairlie dans lequel la responsabilité de l’hôpital n’a pas été retenue. Aucun cas de dommages et intérêt importants à notre connaissance. De telles poursuites sont ici extrêmement coûteuses et n’ont pas, comme aux USA, le soutien de puissantes assurances santé privées.
Il reste que la BFMS continue d’être informée de nouveaux cas, mais à moindre échelle. Cependant ces affaires portent toutes les marques typiques des faux souvenirs ce qui confirme que ces cas existent toujours ainsi que leurs causes.
Problèmes juridiques
Nous adressons environ 1/3 de nos cas à la police pour enquête. D’après ce que vous me dites, c’est la première fois que des procès ont lieu en France ; vous ne précisez pas si ces plaintes ont lieu au pénal ou au civil contre les thérapeutes et les sectes. Au R.U il s’est avéré difficile pour la défense d’utiliser la notion de faux souvenirs dans les procès au pénal. Dans certains cas, un expert a été commis pour démontrer l’évidence de faux souvenirs.
Parfois le juge accepte cet avis mais parfois il hésite à valider l’opinion d’un expert s’agissant de problème de mémoire et préfère laisser au jury le soin d’en décider. Je pense que cela reste dû au fait que les juges croient devoir s’en tenir à des choses simples que nous manquons de consensus parmi les professionnels pour diagnostiquer un « syndrome de faux souvenirs », celui-ci n’étant pas dans la liste des diagnostics reconnus. D’où le rejet parfois de cette argumentation. Pour parler franchement, je crois que c’est un concept qu’ils ne comprennent pas. Il y a un long chemin à faire pour enseigner et faire comprendre cette notion. Au cours des années, nous avons ciblé la police, la justice, les services sociaux, les médecins et thérapeutes ainsi que les politiques. C’est un processus de longue haleine. Aux avocats, en recherche d’information, nous fournissons une documentation. Et nous recommandons aux gens concernés de demander à leurs avocats de nous contacter dans ce but. De cette façon, je crois, nous touchons de plus en plus d’avocats. Parfois ils nous demandent notre avis sur l’affaire d’un de leurs clients. Le but étant d’évaluer si le cas mérite la constitution d’un expert en Faux souvenirs. Nous sommes en contact avec un certain nombre d’experts professionnels aptes à ce travail.
Indubitablement, les gens accusés à tort faisant l’objet d’un procès doivent se faire à l’idée que c’est à eux qu’il incombe de riposter, de se documenter, de faire les recherches nécessaires pour appuyer leur défense et de bien présenter et expliquer leur affaire à leurs défenseurs. Dans ce pays, il ne suffit pas de s’en remettre à ses avocats pour espérer que la justice l’emportera. Ceux-ci n’ont que peu de temps à consacrer sérieusement en profondeur à leurs affaires. Il faut qu’il travaillent en équipe.
Thérapies
Vous savez sans doute qu’il existe un certain nombre de recommandations émanant des organisations professionnelles de thérapeutes pour prévenir leurs membres du risque de susciter des faux souvenirs. Cela existe-t-il en France ? J’ose croire que les thérapeutes qui ne tiennent pas compte de ces recommandations sont en minorité. Hélas quelque uns d’entre eux croient dur comme fer à la pertinence des « souvenirs exhumés » et à un certain nombre de diagnostics qui en découlent, tels les Troubles Dissociatifs de l’Identité. La tendance à faire un lien entre traumatisme et troubles dissociatifs gagne du terrain. Pour contrer ce mouvement nous avons recours au livre d’un américain, le Dr Richard Mc Nelly. Vous connaissez sans doute cet excellent ouvrage : « Remembering trauma », Ed. Belknop. 2003. Le problème que posent aussi ces thérapeutes convaincus, c’est qu’ils partagent leurs idées par leur enseignement et leurs conférences. Leur influence se fait sentir un peu partout et elle est difficile à contrer. La façon la plus efficace serait de faire le plus de pub possible aux plaintes déposées par les victimes de leurs mauvais traitements. Les parents ne sont pas en mesure de porter plainte eux-même contre ces traitements, même s’ils sont convaincus de leur nocivité.
Vous me demandez s’il existe de nouvelles lois concernant les thérapies verbales. A l’origine notre gouvernement voulait instaurer cette réglementation pour 2008. Les différentes organisations volontaires chapeautant divers regroupements de thérapeutes, telles l’ UKCP, la BACP, la BPS, ont reçu des subventions pour engager des discussions devant aboutir à une réglementation consentie. Ces discussions ont été suivies par la mise en place d’organismes officiels ayant pour tâche de définir les critères de compétences et les niveaux de qualification et de formation. Mais parvenir à rassembler toutes les formes de thérapies verbales semble une tâche monumentale et il paraît improbable que nous parvenions à un progrès notable avant 2010 ou 2011, c’est-à-dire, plus tard que prévu.
Nous avons toujours souhaité que la législation puisse garantir la qualification des thérapeutes ; mais on voit mal que la loi puisse un jour contrôler le contenu de chaque pratique ou les méthodes reposant sur des théories sans fondement que nous savons si répandues chez les thérapeutes douteux. Nous suivons le processus avec intérêt. En attendant rien n’empêche qui que ce soit d’ouvrir un cabinet de thérapie et d’influencer l’esprit de gens vulnérables.
Le rapport 2007 de la Miviludes est un document tout à fait remarquable montrant le problème que rencontre votre pays face à certains groupes sectaires. Le chapitre des FSI m’a particulièrement intéressée pour sa ressemblance avec notre propre situation. Bien que nous soyons au courant des méthodes de thérapies déviantes et des techniques d’endoctrinement au sein de groupes sectaires, la BFMS n’a pas constitué de dossier particulier su le sujet. Je suppose que les gens qui ont affaire à des groupes sectaires s’adressent plutôt à d’autres organisations. Ainsi nous sommes en contact avec l’association FAIR (Family Action Information Resource) vers laquelle nous pourrions orienter les familles concernées.
Conseillers
Nous recevons une aide précieuse de notre conseil d’experts. Si vous pouviez mettre en place quelque chose de similaire en France, cela vous serait très utile. Un certain nombre de ses membres participent à la recherche et à la publication d’articles sur les faux souvenirs. Cela est très utile à la collecte d’informations et permet de catalyser l’intérêt des médias. Plusieurs d’entre eux acceptent de s’exprimer à la radio, à la télé et dans la presse.
J’espère que cette lettre assez longue vous donnera une vue d’ensemble de la situation au R.U. Je suis consciente du fait que certains aspects peuvent paraître décourageants. Le plus important bien sûr c’est que les gens accusés à tort aient une structure vers laquelle se tourner quand autour d’eux tout n’est que chaos.
N’hésitez pas à nous contacter si vous avez d’autres questions. Nous avons un important fonds d’archives – publications – livres – DVD, descriptions de cas individuels – et nous serions heureux de pouvoir vous aider. Et surtout, si vous venez en Angleterre dans un proche avenir nous serions heureux de vous rencontrer – mais prévenez-nous à temps.
Vous avez cité le livre « Fractured families » : en avez-vous un exemplaire ? Sinon, je vous en enverrai un. Nous travaillons actuellement à un second ouvrage consacré aux erreurs judiciaires en rapport avec notre cause.
Avec tous nos souhaits de réussite pour votre travail.
Cordialement
Madeline Greenhalgh
Director BFMS

Notre réponse à ce courrier :

Chère Madame Greenhalgh
Excusez-moi de vous remercier si tard de votre long courrier du mois de Septembre, nous avons depuis la rentrée de Septembre et depuis une émission sur France 2 en Décembre 2008, « les infiltrés » qui traitait des thérapies déviantes, une recrudescence de familles accusées à tort avec, pour certaines, des gardes à vue de papas …. Je dois, non seulement soutenir les familles mais également les orienter vers des avocats qui connaissent les problèmes des fausses accusations d’incestes et les thérapies déviantes. Cela n’est pas une chose facile.
Je reviens sur vos questions.
Les plaintes déposée le sont au pénal. J’ai vu la copie d’une plainte, elle repose sur la manipulation mentale, l’emprise ayant amené les faux souvenirs et l’escroquerie.
En France trop peu d’avocats connaissent ce problème des thérapies déviantes, nous avons une Avocate parisienne qui connaît maintenant bien les pratiques des charlatans.
Nous l’avons documentée et sommes régulièrement en contact avec elle. Elle défend ou a défendu plusieurs familles accusées à tort et jusque maintenant elle a obtenu la relaxe pour ces parents ou grands-parents.
Par contre, lorsqu’il y a accusations des enfants adultes mais qu’ils ne déposent pas plainte, les familles qui veulent se retourner contre eux en portant plainte pour calomnies ont été conseillées par leur avocat de n’en rien faire …. En France les Tribunaux ne sont pas encore prêts à défendre les parents qui se retournent contre leurs enfants accusateurs…..
Bien sûr qu’il existe pour les professionnels de la santé un code éthique mais les charlatans, qu’ils soient dûment diplômés ou pas, ne s’en préoccupent pas. Il faut savoir que dans notre association nous dénombrons :
- 20 % de thérapeutes déviants diplômés (Médecins - Médecins- Homéopathes – Psychiatres – Psychologues)
- 80 % de non diplômés ou diplômés par des Instituts ou des écoles non reconnus par l’Etat. Pour eux, pas d’éthique professionnelle, leur doctrine : la manipulation mentale, l’emprise du sujet et surtout l’argent ….
C’est vrai, si nous avions quelques professionnels qui viendraient nous aider dans notre association, cela nous arrangerait beaucoup. Quand je vois tout le travail que nous avons accompli depuis 3 ans, nous sommes partis de rien, juste une trentaine de familles et nous avons créé notre association. Aujourd’hui l’’A F S I est connue et reconnue par son sérieux jusqu’à l’Assemblée Nationale, je me dis que nous avons bien travaillé, mais c’est vrai, il y a encore beaucoup de choses à faire. Avec de la volonté je crois que nous arriverons à faire venir des professionnels de la santé vers nous.
J’ai été contactée, en Octobre dernier, par un organisme qui travaille avec des associations qui sont tournées vers l’Europe et qui distribue des subventions européennes. Si nous avions un jour (quand ?… ) suffisamment de fonds pour organiser à Paris une conférence sur les thérapies déviantes et les faux souvenirs avec tous les pays européens avec qui nous sommes en relation, seriez-vous d’accord pour y participer et venir nous dire où vous en êtes au RU ?
Je vous remercie pour votre chaleureuse collaboration.
Cordialement
Claude Delpech

La BFMS œuvre également avec un groupe de travail du Royal College of Psychiatrists qui a édité le rapport dit « Brandon ».
Rapport du Collège royal de Psychiatrie (UK) sur la mémoire recouvrée (extraits)


Quelle est la signification du rapport Brandon ?
Le rapport Brandon passe en revue de façon exhaustive les connaissances actuelles sur la fiabilité de la mémoire recouvrée de sévices sexuels sur des enfants et sur celle de ses sources. Il confirme qu’il n’y a pas de moyen sûr de pratiquer une thérapie fondée sur la mémoire retrouvée, car toutes les méthodes sont enclines à induire de faux souvenirs d’abus sexuels. Ceci, quelque soit la formation ou le statut du thérapeute. Ce rapport fait autorité pour les expertises techniques devant les cours de justice et il est appelé à exercer une forte influence dans le domaine de la santé mentale et des pratiques professionnelles associées.

Qu’est ce que la mémoire recouvrée ?
« … l’émergence de souvenirs apparents de sévices sexuels subis dans l’enfance, dont la personne ne se souvenait pas auparavant.
« Le “recouvrement” de mémoire doit être distingué du fait de retrouver des souvenirs par un effort actif de mémoire ou du fait de s’en rappeler, qui sont des phénomnes normaux et quotidiens.

Qu’est ce que le faux souvenir ?
« Le faux souvenir est le recouvrement du souvenir d’un événement qui n’a pas eu lieu, mais auquel par la suite la personne croit fermement.
« Ces “souvenirs” surviennent généralement au cours d’une thérapie, mais pas toujours.
« Tous les cas de faux souvenirs ne surviennent pas lors d’une thérapie. De plus en plus, la demande d’une thérapie fondée sur les souvenirs recouvrés est initiée par le client qui a lu un grand nombre de livres de développement personnel.

Est ce qu’une mémoire recouvrée à l’âge adulte peut conduire à de fausses accusations de sévices sexuels subis durant l’enfance ?
« Tout indique que les enfants qui rapportent spontanément des sévices sexuels actuels ou récents disent généralement la vérité. Cependant de jeunes enfants non traumatisés peuvent se livrer à l’affabulation. Ceci et Bruck ont souligné les dangers d’interviews répétées d’enfants qui rapportent des histoires de sévices sexuels pour plaire à l’interviewer et conforter leurs propres inventions. Si la déclaration d’un enfant est établie sous excessive influence, une grande prudence est requise dans son interprétation. Ceci s’applique par exemple lorsqu’un divorce disputé ou une séparation des époux est en cours ou lorsque d’autres accusations ont été portées dans la famille sur la base de mémoire récemment recouvrée.

Est ce que des désordres psychologiques, y compris des désordres nutritionnels, indiquent une histoire de sévices sexuels ?
« Les effets à long terme des abus sexuels ne semblent pas être spécifiques. Il n’y a pas de syndrome pathognomique consécutif à des sévices sexuels.
« Malgré la croyance populaire, une relation empirique reliant des sévices sexuels durant l’enfance à la boulimie nerveuse est rarement constatée.
« Tout ce que l’on peut dire à l’heure actuelle, c’est que des sévices sexuels subis durant l’enfance sont un facteur de vulnérabilité en général, mais pas un état spécifique conduisant à des désordres psychiatriques.

Comment peut-on détecter une thérapie fondée sur la mémoire recouvrée ?
« La thérapie fondée sur la mémoire recouvrée n’est pas une thérapie unique et bien définie … c’est un label pour décrire les pratiques d’un groupe hétérogène de praticiens qui partagent une série de croyances. Ils acceptent … que des symptômes actuels soient causés par des traumatismes sexuels passés et que le souvenir de ces événements soit sorti de la conscience [et] que ce matériel refoulé puisse être recouvré et que ce recouvrement et la redécouverte de ces souvenirs soient essentiels pour remédier aux symptômes du patient. Aucune de ces propositions n’a été prouvée.
« Les psychiatres sont autant enclins que les non-psychiatres à pratiquer une thérapie fondée sur la mémoire recouvrée, s’ils acceptent ces propositions.
« Il est important de savoir que le recouvrement de la mémoire n’est pas le fruit d’une approche thérapeutique particulière. Il peut se produire à partir d’une intervention quelconque, colorée par des croyances similaires sur la cause d’une souffrance psychologique. Les programmes de télévision, les livres populaires de développement personnel, les échanges avec des individus ou des groupes qui sont persuadés que les souvenirs occultés de sévices sexuels subis pendant l’enfance sont responsables de la plupart des maux des adultes, sinon de tous, peuvent agir comme déclencheurs ou “flash back” et générer de faux souvenirs.

Existe-t-il des méthodes fiables pour détecter des sévices sexuels tus ?
« Il n’y a aucune preuve que des check-lists, des syndromes, des symptômes ou des signes puissent indiquer avec un certain degré de fiabilité qu’un individu a subi des sévices sexuels dans le passé.

Quelles preuves existe-t-il du refoulement et de la dissociation de la mémoire d’abus sexuels ?
« Aucune preuve ne confirme l’idée que des techniques de renforcement de la mémoire la renforcent effectivement. Par contre, il existe des preuves qui confirment l’idée que ce sont des méthodes de persuasion puissantes et dangereuses.
« … il y a suffisamment de preuves de distorsion et/ou d’élaboration de la mémoire pour pouvoir affirmer que des souvenirs entièrement nouveaux et faux peuvent être créés, non seulement de façon expérimentale, mais aussi par des pratiques cliniques.
« Les témoignages suggèrent que cela s’avère être le cas quand l’abréaction est obtenue par des drogues, l’hypnose, la régression, l’interprétation des rêves, le travail sur les images ou les sensations, l’art thérapie, les groupes de rescapés.
« Malgré un soutien clinique largement répandu et la croyance populaire que des souvenirs peuvent être “bloqués” hors de la conscience, il n’existe aucune preuve empirique pour confirmer soit le refoulement, soit la dissociation.
« Il n’y a aucune preuve permettant de soutenir l’existence d’un oubli en bloc d’expériences répétées de sévices sexuels, ou d’épisodes uniques de brutalité ou d’agression sadique, excepté l’expérience normale d’amnésie infantile.
« Il n’existe acune preuve que la mémoire d’événements sévèrement traumatiques vérifiés ait été refoulée, puis recouvrée, et son rôle dans la formation de symptomes a encore à être prouvée.
« Étant donné la fréquence des sévices sexuels sur enfants, même si la mémoire d’un petit nombre d’entre eux était refoulée, puis recouvrée par la suite, il devrait y avoir un nombre significatif de cas corroborés. En fait, il n’y en a aucun.

Est-ce que la thérapie fondée sur la mémoire recouvrée est dommageable ?
« Si l’accusation est fausse, le dommage pour les familles est immense. Les patients, pour lesquels un diagnostic erroné de sévices sexuels a été établi, finissent fréquemment aux urgences psychiatriques. Là où une amélioration apparente est basée sur une telle fausse croyance, il semble y avoir de sérieuses possibilités de maladie mentale.

Quelle est la différence entre le modèle de la mémoire recouvrée et celui du souvenir normal ?
« Les souvenirs recouvrés diffèrent des autres formes d’événements oubliés puis retrouvés en ce qu’ils se construisent avec le temps … ils ressemblent plus à un récit qu’à des souvenirs, avec un plus ajouté à chaque tentative de se souvenir, et deviennent souvent de plus en plus compliqués et bizarres.

Comment peut-on distinguer entre vrai et faux souvenir ?
« Il n’y a pas de moyen fiable de distinguer un vrai souvenir d’un souvenir illusoire, sinon par confirmation externe.
« Il n’y a pas de moyen de déterminer la vérité réelle ou la fausseté d’un souvenir recouvré, sinon par des preuves extérieures.

Quelles peuvent être les conditions préalables pour créer un faux souvenir ?
« Les attentes du thérapeute et/ou celles du patient, renforcées par des lectures dirigées, des techniques particulières et des groupes de rescapés, peuvent déformer un souvenir existant ou en implanter un autre totalement nouveau.

Traduction de ce rapport par notre ami Gilles. Tous nos remerciements.


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